L’Algérie et l’après Bouteflika

Oh! combien sincère la réaction des algériens quand on caricature Bouteflika. Les mots lachés en trombe, traître, néocolonialiste, francophile, franco-algérophile perçent comme des balles qui savent reconnaitre un sacrilège. On ne badine pas avec l’emblème de l’unité nationale. Comme si l’image de ce personnage représente à elle seule tout un pays. Mais a t-on pris la peine de connaître l’homme et de juger son bilan? pas sûr, et il n’est pas invraissemblable que les algériens ont voté pour bouteflika juste pour conjurer encore les ombres de la vindicte aux aguets. Bouteflika est le produit d’un coup de force et une vague de corruption sans précédent. En 1999 il a été élu à plus de 90% des voix de vote. Miracle, on a cru à l’époque. Un homme providentiel qui est le premier de l’histoire de l’Algérie depuis Massinisa (Roi numide) jusqu’à Boudiaf (Président assassiné) à mettre 90% d’algériens d’accord. Hélas, ce n’est ni un miracle, ni un songe, ni un couchemar c’est malheuresement un mensonge. Un mensonge! voilà ce que certains appelent unité nationale. Quoi que l’on puisse croire, un homme, au sens arabo-bérbére du terme, ne doit sous aucun prétexte accepter un produit et encore moins d’être un produit de la corruption. Peut être que Bouteflika s’y est bien accommodé et on peut, par fausse honnêteté, lui trouver une excuse, il se peut qu’il a accepté les scores frauduleux qui l’ont installé à la tête de l’état pour le salut de l’Algérie, se disant au fond de lui que c’est un mal dont on veut un bien. Mais à y voir de près les années qui ont suivi son élection légitimement contestée, la première chose qui saute aux yeux est la reconduction des mêmes politiciens et hommes de pouvoirs qui ont, dix ans plutôt, conduit l’Algérie au bord du gouffre, et livré la population à une guerre sans nom. Là aussi on peut lui rafistoler une parade en arguant que ces hommes ont plus d’expérience et d’habilité. Toutefois, pendant son premier quinquennat, des affaires de corruption de grande ampleur ont éclaté, l’une d’elle a eu le déshonneur de faire entrer l’Algérie dans les premières places du palmarès mondial des fraudes à l’économie. Cette malencontreuse réputation a failli éclipsé celle glorieuse de l’indépendance. Khalifa en sait davantage. Mais peut être que Bouteflika, là aussi, avait une excuse, qu’on l’a pas prévenu à temps de cet opprobre à l’honneur national. Mais, au moment ou l’on s’efforce à défendre ce président et à lui trouver sans cesse des éxcuses, des flux de jeunes continuent à nourrir le ventre insatiable de l’immigration, affrontant tous les dangers corporels, mentaux et spirituels. On peut croire à tous ce qu’on veut, l’Algérie est encore un pays très mal administré, ou la part de l’arbitraire et du hasard reste très importante dans les décisions qui touchent à la vie du pays. Peu d’efforts politiques malgré les moyens financiers considérables. Malgré la disponibilité des trois ingrédients nécessaires pour le developpement d’un pays, un riche et grand territoire, des ressources importantes et un peuple jeune, l’Algérie fait figure de vilain petit canard de la mondialisation. Mais peut être que les gens reconnaîssent au moins à Bouteflika une vertu, celle d’avoir pu prétendument stopper le bain de sang. Ce qui est sujet à discution en raison d’un certain nombre de circanstances qu’on verra une autrefois. Si donc Bouteflika a tiré l’Algérie du chaos, sa mort et sa démission, accasionne t-elle la rechute du pays? Peut être. Car ingénuement les algériens pensent profondément que la paix, qui leur est très chère au vu de toutes ces années épouventables qu’ils ont dû endurer, est indissociable du personnage fédérateur de Bouteflika. Les politiciens algériens aussi ont ce sentiment que le président est le gage d’un consensus national qui satisfait toutes les parties. Or, le danger se trouve précidément dans cette tromperie, car Bouteflika ,au delà de son envie de vengeance jamais éteinte depuis son éviction brutale du pouvoir, a toujours pensé qu’il est le successeur naturel de Boumédienne, et son retour précipité au pouvoir n’est qu’une envie qui couve en lui comme disait le dicton arabe. Bouteflika est avant tout revenu pour lui, et pour ceux qui sont allé à son chevet pour le faire élir président. Sa figure historique a été instrumentalisée pour conquérir la scène nationale lassée de la guerre et internationale qui se préoccupait sérieusement de la propension inacceptable que prenait la corruption. Son arrivée n’est qu’un coup d’éclat qui visait à laver les souillures d’une classe politique et d’un état en proie à une réelle implosion. Le pari est donc gagné pour ceux qui ont impunément profité des années de terreur qu’a connues l’Algérie. Le peuple n’a lui gagné qu’une éphémère période d’accalmie qui s’éclipssera aussitôt que les anciens démons se réveilleront. Mais qui sait peut être une autre tromperie viendrait prolonger l’accalmie.            

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