L’Etat et l’Homme.

C’est en effet extraordinaire, l’organisation sociale auquelle a abouti l’humanité en quelque deux millions d’années de parcours. Des états forts dotés de moyens considérables et très puissants contrôlent désormais les peuples et les territoires. Il ne reste sur terre aucune parcelle sans couverture administrative. Le monde est sous contrôle. L’humanisme, formidable machine théorique de la renaissance, a réussi a faire de l’homme un dieu sur terre, et l’homme s’en est bien servit pour assujettir son frère. De sûrcroit à ce sentiment de suprématie qu’eut injecté les humanistes dans l’esprit de l’homme, les états lui ont donné les outils qui manquent pour couronner sa puissance. L’homme est devenu l’unique mesure de l’homme, l’ultime lentille à travers laquelle il voit le monde. Sa reconnaissance et ses éloges, son savoir et ses louanges ne les doit qu’a lui seul. Il n’a de compte à rendre qu’à lui et ne s’émerveille et s’effraye que de ses oeuvres et ses folies. Son émancipation de la nature a fait de lui le roi de la terre, et son affranchissement de la religion l’a rendu un dieu-père. Certains âges ont produit des mythes au dessus de l’homme, pour maintenir son infériorité et sa dépendance en somme. Mais sa raison s’est très vite éveillée, et a dévoilé ces illusions. L’homme sait qu’il est désormais le seul maître d’une terre soumise. Rien ne peut de facto l’obliger. Il a alors établi des lois pour mettre de l’ordre dans les sociétés, et les états pour mieux les appliquer. Mais, très vite l’état est devenu un instrument, un outil de descrimination et de domination. L’homme est divin, et l’etat sa religion. Le premier on le révère, et la seconde on respecte  ses commandements. L’etat, au commencement, est issu d’une bonne volonté, avant d’engendrer des tyrans et tant de déshérités. La puissance qu’il a donné à l’homme a de loin surpassé la contrainte des lois. Nul ne conteste que les lois sont un excellent appareil répressif. Elles soumettent les faibles et le commun des peuples, mais s’inclinent souvent devant les plus forts. Ces hommes de l’ombre qui les inspirent et qui, par leur rang, refusent de s’y soumettre.

L’état est le produit pur de l’homme, et les lois sont soumises discrétement à ses envies et ses lubies. Malgré que les parlements et les innombrables instances démocratiques se battent pour le peuple et ses intérêts. Leur survie reste, cependant, vitalement liée à lui. Leur allégeance va à l’état et leur fidélité à la patrie. Ils ont besoin du peuple pour se faire désigner et de l’état pour vivre en préviligiés. De nos temps, l’état est devenu, pour certains, un privilège abandonnant petit à petit le rôle d’équité qui lui incombe. Il propulse dans la société une nouvelle catégorie de gens durablement aisés et puissants. Et parfois ces gens en font un héritage démocratiquement familial. La fracture naissante entre les états et les peuples paraît plus que jamais béante. Les manifestations et toutes les autres formes de protestations sément partout dans le monde un vent de panique. Les états ont failli. Certains disent que se sont les hommes qui les ont dépravé. Mais la perméabilité des états à la corruption a aussi contribué. Un certain nombre de pays connus pour l’extrême pauvereté de leurs peuples, sont équipés d’états relativement puissants, et leurs officiels jouissent d’un confort et d’une aisance insolents. Ces pays ne font pas la régle, mais démontrent que dans beaucoup de cas les bienfaits des états sont presqu’exclusivement réservés à une minorité et que la majorité ne subit que ses méfaits. Même la démocratie que chante le monde moderne n’a pas pu les prémunir. Les etats ne sont pas seulement un outil d’organisation et de hiérarchisation, ils sont devenus des moyens d’ascension, de manipulation et de destruction. Le plus dangereux aujourd’hui est que les états se donnent des moyens de guerre terriblement puissants, et risquent fortement de tomber dans les mains des malintentionnés. Faut-il supprimer l’état pour recouvrir l’égalité entre les hommes? ou réduire sa puissance pour empécher les abus?

Suivre la première conduit directement à une pernicieuse anarchie. Les quelques dispotes dont on se croirait débarassé seraient remplacés par des foules de tyrans qui imposeraient leurs lois dans les rues. L’etat ne doit en aucun cas disparaître tant qu’il est le seul élement qui garantit une forme de sécurité sociale. Sa présence et sa subsistance doivent être nécessairement liés à son éfficacité et son équité. L’état ne doit en aucun cas stratifier la société, courtiser le plus riche (financiers) et ignorer le plus pauvre. Il ne doit point faire de l’autorité une impunité et accorder à ses serviteurs l’immunité. Il doit se lier organiquement avec le peuple et réverbérer sa réalité. Vivre sa joie, suivre ses aspirations et partager ses calamités. L’état et le peuple doivent être comme le corps et l’âme. deux en un, l’un est nécessaire pour l’autre. Si le peuple est barbare il devient un démon et l’etat son enfer. Si l’état est tyranique il devient une gangrène et le peuple son repaire.    

 

 

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